Review Critiques de Disques
L'allemand est une langue très intrigante, surtout quand on ne la comprend pas. J'ignore la signification de ce que je viens d'écrire au haut de cette page..et peut-être est ce mieux ainsi. Vous le savez probablement déjà, mais j'aime ne pas comprendre, tout de suite. Autrement, à quoi bon se donner la peine. Pourquoi vouloir être réconforté parce qu'on connaît ? N'avez-vous pas l'impression d'être manipulé quand une musique vous réconforte ? N'est-ce pas comme si quelqu'un vous forçait à croire en l'utilité de la religion ? Évidemment, sans connaissance, il n'y a pas d'évolution. Plus tard, après l'écriture de ce texte, je vais tâcher d'apprendre la signification de ce titre abracadabrant.
L'introduction vous fait survoler un terrain connu avec ses voix perdues et hantées. Si vous avez déjà passé un peu de temps à vous familiariser avec les racines les plus profondes de l'expérimentation musicale allemande, vous penserez à Karlheinz Stockhausen «Gesang der Jünglinge» (1955). Rapidement, Neu ! prend la relève avec sa guitare acoustique et son hypnotisme apocalyptique inventé aux environs de 1971. Il ne s'agit pas du Neu ! réssuscitant à chaque jour sous des penchants d'un post-rock esthétique et lustré jusqu'à en devenir terne à mourir.
(Tout cela me rappelle ces vieux textes depuis effacés, car peu appropriés, portant sur le premier album de Neu ! et Faust. Je considère maintenant ne pas avoir une configuration de cerveau appropriée pour commenter Neu !, Faust et dans une moindre mesure Can. Leurs milliers de disciples n'attirent pas mon attention non plus. J'écrivais à l'époque, à propos de la répétition de Neu ! qu'elle ne nous menait nulle part et servait surtout d'excuse à un essai conceptuel ayant perdu de sa force vitale. Malheureusement pour moi, aucun nouveau venu n'a pu me prouver à ce jour, à quel point le style de Neu ! n'avait pas été bien exploité au départ...)
Cela écrit, sous l'étiquette de ce projet solo de Mirko Uhlig, le vieux Neu ! revient, le vrai, le sale, celui aujourd'hui vu comme étant lo-fi. Parfois, Aalfang mit Pferdekopf, dans son amour pour ce son de moins en moins underground, se permet quelques sons un peu trop lo-fi. Des cassures trop fortes dans le mixage, des feuillages écrasés ou je ne sais quoi encore. Certaines oreilles les perçoivent surtout comme une mauvaise gravure de CD r, tellement leur présence ne cadre pas avec le reste. Sans elles, Aalfang mit Pferdekopf ne manquerait de rien et en sortirait meilleur pour tout le monde. Encore là, suis-je en train de commenter une musique ne convenant pas à ma configuration mentale basée sur le jeu enfantin et les chocs physiques défiant la gravité ?
Chaque album enregistré avec la bonne attitude peut faire une différence notable. Aalfang mit Pferdekopf est l'un de ceux-ci. Sa qualité première est de ne pas trop mal dénaturer le travail de grands innovateurs en le rendant plus superficiel. Ne cherchez pas de mur de son, de jazz fusion ou de rythmes dansables. Neu ! renaît pour de vrai, cette fois-ci...
By Vincent Bergeron
